De l’importance de continuer à pratiquer (même et surtout en période d’épidémie)

Un contexte compliqué

Nous vivons, ce n’est rien de le dire, une drôle d’époque. Ce nouveau coronavirus a mis un coup d’arrêt aux activités économiques et associatives dans l’ensemble du monde. En tant qu’association, nous sommes évidemment impactés par les mesures qui ont été prises pour le stopper, au premier rang desquelles les fermetures des salles de sport.

Mais pour l’heure, c’est d’autre chose que nous aimerions vous parler. L’association a connu de meilleurs jours, mais elle s’en sortira. Nous aimerions plutôt parler de votre santé et de votre pratique, de manière générale : pendant cette épidémie, mais aussi après. La médecine traditionnelle chinoise nous offre quelques pistes de réflexion intéressantes à ce sujet.

Maladie « climatique » VS épidémie

La médecine traditionnelle chinoise répertorie neuf causes différentes de maladies. Vu le contexte, deux nous intéressent plus particulièrement : les climats, et les épidémies à proprement parler.

Les climats sont (en gros, on simplifie un peu) : le Froid, le Vent, la Chaleur, l’Humidité, la Sécheresse. Ils ne sont pas en soi pathologiques. Ce qui les rend pathologiques est, soit leur excès, soit le fait qu’ils arrivent de manière contre-nature (comme une vague de froid au mois d’août, alors que les organismes ne sont pas préparés), soit la faiblesse de l’organisme.

Concrètement, un jeune sportif de haut niveau et un octogénaire alcoolique et fumeur assis directement sous une bouche de climatisation en plein été peuvent tous deux prendre un coup de froid… mais le sportif a toutes les chances de ne présenter absolument aucun symptôme. Tout simplement parce que son énergie de défense (Zheng Qi, en chinois), est assez forte pour le préserver d’une attaque d’une intensité modérée. Voilà pour les pathologies climatiques.

Les épidémies peuvent donner des symptômes ressemblant à une maladie « climatique ». Mais elles en sont très différentes par leurs caractéristiques.

  • Une épidémie affecte tout le monde, indépendamment de sa constitution. (Un athlète olympique mordu par un chien enragé ne s’en sortira pas sans traitement, athlète ou pas).
  • Une épidémie a un caractère contagieux, soit par le contact, soit par l’air, selon la pathologie.
  • Tous les patients présentent des signes cliniques très similaires.
  • Une épidémie est indépendante du climat.

Les épidémies se traitent en médecine traditionnelle chinoise, qui recommande au passage l’isolement des patients infectés pour éviter la transmission (la notion de « gestes barrières » ne date pas d’hier). Considérant tout cela, comment classer le Sars-Cov-2 (doux nom du dernier coronavirus à la mode) ? (Petite parenthèse sémantique : le Sars-Cov-2 est le nom du coronavirus. La Covid-19 est le nom de la maladie induite par le dit coronavirus.) En fait, la réponse n’est pas si simple.

Les patients atteints de la Covid-19 présentent des signes très différents (on parle de virus « polymorphe », ce qui veut tout et rien dire). D’autre part, la constitution, et notamment l’âge, joue très clairement un rôle majeur dans le pronostic de la maladie. Ceci tendrait à ranger la Covid-19 dans la catégorie des pathologies liées à un climat.

D’un autre côté, cette épidémie s’est développée dans tous les pays et sur toutes les saisons, ce qui nous oriente plutôt vers les épidémies, de même que son caractère contagieux. Ce coronavirus semble donc un peu à cheval entre les deux catégories (ce qui est finalement le cas de bon nombre d’épidémies comme la grippe…. La rage et le virus Ebola, eux, sont peu dépendants de la constitution du patient). Ce qui signifie que pour se protéger, il est pertinent de combiner les gestes barrières (qui sont à l’heure actuelle expliqués et répétés de partout, nous n’y reviendrons pas dans cet article) avec des principes de maintien et d’amélioration de la santé, de la vitalité. Parce que, oui, le meilleur moyen d’être le moins malade possible, c’est d’être dans la meilleure santé possible. (Ici, à l’association ChanSi, nous ne craignons pas de défendre des opinions courageuses).

Préserver la santé VS traiter la maladie

Un concept cher à la médecine traditionnelle chinoise, qu’on retrouve aussi dans les arts martiaux, est le concept de « Yang Sheng ». On pourrait le traduire par « nourrir la vie », « nourrir le principe vital ». C’est un principe très important, et très différent dans sa philosophie du soin de la maladie, ou de sa prévention.

Si on parle de soigner une maladie, ça signifie qu’on attend qu’elle se soit déclarée. On est déjà dans une forme de traitement « d’urgence », puisque c’est la maladie qui donne le tempo.

Si on parle de prévenir la maladie, il s’agit de conseils de bonne santé, mais centrés sur la prévention d’un problème spécifique. Comme de s’exposer au soleil pour prévenir la carence en vitamine D. Ou manger des oranges pour éviter le scorbut. Ou se laver les dents pour éviter les caries. Tout ceci nous fait du bien (même si on ne s’en rend pas compte puisque, du coup, les problèmes n’apparaissent jamais). Mais ça n’améliore pas en soi notre qualité de vie : c’est simplement une manière d’empêcher ce qui pourrait la dégrader.

L’idée de « nourrir le principe vital » signifie mettre en place des comportements et un mode de vie nous permettant d’être chaque jour un peu plus musclés et/ou un peu plus vifs d’esprit et/ou un peu plus sages et/ou un peu plus détendus, et/ou un peu plus calmes, un peu plus… quelque chose, que le jour d’avant. Du moins dans la limite de nos capacités. C’est donc un concept qui dépasse, et de très loin, des slogans accrocheurs du type « boostez votre système immunitaire ! ».

Cela signifie vivre longtemps, heureux et en bonne santé. Pas s’en tenir uniquement à « ne pas tomber malade ». Nous pourrons reparler de ces principes en détail une autre fois. Mais en attendant, quelques pistes de réflexion… L’organisme a besoin de régularité : manger régulièrement, dormir régulièrement, travailler (au sens large) régulièrement…

L’exercice physique fait circuler le Qi, et en consomme. L’exercice mental fait travailler le Sang. Le sommeil et les repas permettent de recréer du Qi et du Sang. D’autant plus si on a bien travaillé, forçant le corps à s’adapter et à produire plus de Qi, plus de Sang. Bref, à augmenter son niveau de vitalité générale. On a donc besoin de faire tout cela de manière régulière. Manger, dormir, exercice physique, exercice mental. En règle générale, dans nos sociétés, l’exercice mental est déjà fourni plus qu’à foison (et une fois de plus alors que vous lisez ce texte). Ce sont donc les trois autres activités sur lesquelles il faut en général se focaliser.

Les salles de sport viennent d’être fermées, certes. Mais une réalité physiologique demeure. Si vous abandonnez toute forme d’activité physique, vous allez vous fatiguer et amoindrir votre vitalité par inactivité… avant de risquer de vous fatiguer encore dans un an avec une reprise trop brutale. Si vous pratiquez régulièrement, même peu, vous allez tous les jours « fatiguer » un peu votre corps. Celui-ci s’adaptera, et votre vitalité augmentera.

Pour finir, quelques conseils

Les gestes barrières font sens, ils sont à respecter. Mais, au-delà de ça, entretenez-vous. Pratiquez, même peu, mais régulièrement. En cours si vous pouvez. Seuls si vous ne pouvez pas. A la limite, faites même autre chose. Mais continuez à le faire. Continuez à nourrir le principe vital. Continuez à bouger. Et continuez à vivre. Cette épidémie aura une fin, et avec un peu de chances, elle aura même servi à nous enseigner quelques leçons salutaires. A commencer par le fait que tout ne se résume pas à elle.

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